Le sens de ‘âmana et mu’min

Certains termes arabes du Qur’ân se heurtent à une limite structurelle de la langue française. Ils ne peuvent être rendus par un seul mot sans perdre une partie essentielle de leur sens premier.

Cette difficulté apparaît clairement avec les termes issus de la racine ‘-m-n, tels que ‘âmana et mu’min.

‘âmana, au-delà de «croire»

Le verbe ‘âmana, généralement traduit par « croire », ne désigne pas une simple adhésion ou supposition. En français, le verbe « croire » peut renvoyer à une idée incertaine ou non établie, ce qui ne suffit pas à rendre le sens premier du terme arabe.

La racine ‘-m-n exprime avant tout la sécurité, la sûreté, la fiabilité et la confiance.

Ainsi, âmana désigne le fait d’entrer dans un état de confiance sécurisée, comparable à celui d’une personne qui, à l’issue d’un raisonnement ou d’un calcul, accorde foi au résultat obtenu. Il ne s’agit pas d’une croyance flottante, mais d’un aboutissement, celui d’une foi établie, effective et fiable, issue d’un processus intérieur qui y conduit et qui, par la grâce d’Allah, scelle le résultat atteint.

mu’min, l’état de sûreté

Le terme mu’min, souvent traduit par « croyant », dérive de la même racine. Son sens premier ne renvoie pas simplement à quelqu’un qui croit, mais à celui qui est entré dans un état de sûreté par la foi.

Le mu’min se définit ainsi par une foi établie, effective et sécurisée, résultant du processus intérieur décrit précédemment. Il ne s’agit pas d’une adhésion hypothétique, mais d’un état de confiance, comparable à celui d’une personne qui tient pour vrai ce qu’elle perçoit directement. Ce n’est pas une supposition, mais une réalité intérieurement stabilisée.

Ainsi, en français, le terme « croyant » peine à rendre cette dimension de sûreté et de fiabilité, pourtant centrale dans le mot arabe mu’min, et tend à réduire cet état à une simple croyance déclarative.

Conclusion

Les termes ‘âmana et mu’min illustrent une limite réelle de la langue française, car leur sens premier dépasse ce qu’un mot isolé peut restituer sans explicitation dans des langues autres que l’arabe.

Le choix opéré dans cette traduction vise donc un équilibre réfléchi entre littéralité et sobriété, en maintenant un texte lisible tout en signalant au lecteur que certains termes arabes portent une densité sémantique que le français ne peut condenser sans perte.

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