Note préliminaire : Cet article ne remet en aucun cas en cause les savants authentiques, qui ont toujours employé et transmis le terme nafs dans son sens linguistique propre, avec la compréhension juste qui en découle, sans jamais lui associer de présupposés conceptuels étrangers à la révélation d’Allah.
L’âme, un terme chargé
Le terme « âme » est couramment employé pour désigner la réalité intérieure de l’être humain. Toutefois, son usage contemporain et la compréhension conceptuelle qui en découle sont fréquemment marqués par des représentations issues de la pensée métaphysique grecque, en opposition avec le Coran. Ces conceptions décrivent l’âme comme une entité tierce, intrinsèquement immortelle et subsistant par elle-même (substantia, hypostasis).
Compris de cette manière, le terme « âme » désigne une entité distincte de l’humain, alors que, dans la révélation d’Allah, le nafs est le soi qui définit l’être humain lui-même. De plus, l’immortalité relève exclusivement d’Allah, al-Bâqî (L’Éternel), tandis que la subsistance par soi-même se rapporte à Son Nom al-Qayyûm. Attribuer de telles qualités à une entité créée ne contredit donc pas seulement la dépendance totale de toute chose envers Allah, à chaque instant, mais cela revient également à associer à la création des attributs qui sont propres à Allah Seul, ce qui relève du shirk fî al-asmâ’ wa-s-sifât.
Dans ce contexte, l’usage du terme « âme » apparaît hautement problématique, car il renvoie presque inévitablement à ces représentations erronées issues de l’héritage philosophique et culturel dominant. Et même lorsqu’il est employé pour désigner le support d’un soi conscient, entièrement dépendant d’Allah et dépourvu de toute éternité par essence, le terme reste associé à un cadre conceptuel susceptible d’induire une compréhension étrangère à la révélation d’Allah. Idéalement, il conviendrait donc de ne pas utiliser ce terme, ou, à défaut, de l’encadrer par une clarification explicite lorsqu’il est employé.
Le nafs désigne le soi
Le terme nafs désigne le soi ou la personne elle-même ; ses différents emplois dans le Coran renvoient à des états, des fonctions ou des dimensions de ce même soi, sans jamais désigner une entité autonome distincte de l’être humain.
Ainsi, le terme nafs désigne le soi qui perçoit, choisit et agit, et qui est tenu responsable devant Allah. C’est ce soi conscient qui est interpellé, exhorté, récompensé ou châtié, et non une « âme » conçue comme une substance spirituelle autonome, distincte de la personne agissante.
Cela ressort clairement de nombreux versets où traduire nafs par « âme » rendrait le propos incohérent, voire absurde, précisément parce qu’Allah s’adresse au soi responsable, c’est-à-dire à la personne en tant qu’agent moral. Traduire le terme nafs par « âme » est donc erroné, car cela substitue au soi une entité étrangère chargée de conceptions inexactes.
Définition du rûh
Dans le Coran, le rûh désigne soit le souffle par lequel Allah confère la vie au corps, soit Jibrîl (ʿalayhi s-salâm), l’ange chargé de la transmission de la révélation. Dans les deux cas, le rûh n’agit que par l’ordre d’Allah et n’est pourvu d’aucune responsabilité morale propre.
Allah opère une distinction rigoureuse entre le nafs et le rûh. Le nafs désigne le soi conscient et responsable, par lequel s’expriment la foi, la mécréance, l’obéissance, la désobéissance et l’agir moral ; c’est lui qui est interpellé, jugé, récompensé ou châtié. Le rûh, en revanche, n’est jamais tenu pour responsable dans le Coran et ne fait l’objet d’aucune exhortation, menace ou rétribution.
Lui attribuer les caractéristiques du nafs, ou y projeter un concept issu de quelque courant de pensée que ce soit, revient, là encore, à introduire dans le Dîn une conception qu’Allah n’a à aucun moment révélé.
Qu’Allah guide les cœurs sincères vers la vérité telle qu’elle nous a été transmise et les détourne des compréhensions altérées, âmîn.
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Articles
Le sens de ‘âmana et mu’min
Le degré de concision du Coran
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